Cosette.

Cosette était laide. Heureuse, elle eût peut-être été jolie. Nous avons déjà esquissé cette petite figure sombre. Cosette était maigre et blême. Elle avait près de huit ans, on lui en eût donné à peine six. Ses grands yeux enfoncés dans une sorte d'ombre profonde étaient presque éteints à force d'avoir pleuré. Les coins de sa bouche avaient cette courbe de l'angoisse habituelle, qu'on observe chez les condamnés et chez les malades désespérés. Ses mains étaient, comme sa mère l'avait deviné, «perdues d'engelures». Le feu qui l'éclairait en ce moment faisait saillir les angles de ses os et rendait sa maigreur affreusement visible. Comme elle grelottait toujours, elle avait pris l'habitude de serrer ses genoux l'un contre l'autre. Tout son vêtement n'était qu'un haillon qui eût fait pitié l'été et qui faisait horreur l'hiver. Elle n'avait sur elle que de la toile trouée ; pas un chiffon de laine. On voyait sa peau çà et là, et l'on y distinguait partout des taches bleues ou noires qui indiquaient les endroits où la Thénardier l'avait touchée. Ses jambes étaient rouges et grêles. Le creux de ses clavicules était à faire pleurer. Toute la personne de cette enfant, son attitude, le son de sa voix, ses intervalles entre un mot et l'autre, son regard, son silence, son moindre geste, exprimaient et traduisaient une seule idée : la crainte.

Victor Hugo, Les Misérables, deuxième partie, III, 8, 1862.

 Cosette était laide.  Heureuse, elle eût peut-être été jolie.

Nous avons déjà esquissé cette petite figure sombre. Cosette était maigre et blême. Elle avait près de huit ans, on lui en eût donné à peine six. Ses grands yeux enfoncés dans une sorte d'ombre profonde étaient presque éteints à force d'avoir pleuré. Les coins de sa bouche avaient cette courbe de l'angoisse habituelle, qu'on observe chez les condamnés et chez les malades désespérés. Ses mains étaient, comme sa mère l'avait deviné, «perdues d'engelures». Le feu qui l'éclairait en ce moment faisait saillir les angles de ses os et rendait sa maigreur affreusement visible. Comme elle grelottait toujours, elle avait pris l'habitude de serrer ses genoux l'un contre l'autre.

Tout son vêtement n'était qu'un haillon qui eût fait pitié l'été et qui faisait horreur l'hiver. Elle n'avait sur elle que de la toile trouée ; pas un chiffon de laine. 

On voyait sa peau çà et là, et l'on y distinguait partout des taches bleues ou noires qui indiquaient les endroits où la Thénardier l'avait touchée. Ses jambes étaient rouges et grêles. Le creux de ses clavicules était à faire pleurer.

Toute la personne de cette enfant, son attitude, le son de sa voix, ses intervalles entre un mot et l'autre, son regard, son silence, son moindre geste, exprimaient et traduisaient une seule idée : la crainte.

1)     organisation du portrait

 2)    le regard du narrateur : extérieur / omniscient ?

 3)    le portrait physique :

a)     le corps

 b)    le vêtement  

c)     les modalisateurs : ce qu’ils révèlent du destin de Cosette - de la pensée du Narrateur  

 4)    le portrait moral :

Le sentiment dominant : la crainte qui la fait ressembler à un animal craintif

Quels sont les sentiments du narrateur envers Cosette ?

 

1- Relire la première phrase : quel adjectif donne l’impression générale qui se dégage du portait ?

2- Que signifie la deuxième phrase ? Qu’indique-t-elle d’emblée, de façon implicite ?

3- Relève les marques de la présence du narrateur. Quel point de vue est adopté dans ce

portrait ?

Relire les lignes 3 à 21.

4- a) Fais la liste des parties du corps décrites dans ce portrait. Coche les bonnes réponses.

® Sa corpulence

® Son teint

® Ses yeux

® Sa bouche

® Ses cheveux

® Ses mains

® Sa maigreur

® Ses genoux

® Ses taches de rousseur

® Son vêtement

® Sa peau

® Ses jambes

® Son ventre

® Ses clavicules

b) Dans quel ordre progresse-t-il (de bas en haut / de haut en bas) ?

c) La progression se fait-elle par enchaînement (un même thème détaillé) ou par éclatement (plusieurs thèmes se succédant) ?

B Les outils de la langue : les expansions du nom et l’attribut du sujet

5- a) Relève les expansions des noms soulignés :

« Ses ……………. yeux …………………………………......................................... »

« Les coins de sa bouche avaient cette courbe …………………………………………

……………………………………………………………………………………………….. »

« Tout son vêtement n’était qu’un haillon ……………………………………………..

……………………………………………………………………………………………… »

« Elle n’avait sur elle que de la toile ………………………. »

« On voyait sa peau ça et là et l’on y distinguait partout des taches ………………….

………………………………………………………………………………………………..

…………………………………………………………………………………………….

Les expansions du nom

Les expansions du nom permettant de caractériser les éléments d’une description sont :

- l’adjectif qualificatif. Exemple : la toile trouée

- le groupe nominal prépositionnel. Exemple : la courbe de l’angoisse

- la proposition subordonnée relative. Exemple : un haillon qui faisait horreur

Un nom d’un GNP ou d’une proposition relative peut à son tour être précisé par une autre expansion : Exemple : les endroits où la Thénardier l’avait touchée proposition subordonnée Relative complément de l’antécédent  « endroits »

6- a) Complète les phrases à l’aide des attributs du sujet que tu relèveras dans le texte :

« Ses grands yeux […] étaient …………………………………………………………….. »

« Ses mains étaient, comme sa mère l’avait deviné, « ……………………………». »

« Tout son vêtement n’était qu’…………………………………………………………..

………………………………………………………………………………………………. »

« Ses jambes étaient …………………………………………………………………... »

« Le creux de ses clavicules était …………………………………………………………… »

 

b) Quelle est la classe grammaticale la plus fréquente de l’attribut du sujet ?

Quelles sont les autres ?

 

c) Explique l’accord des adjectifs qualificatifs attributs du sujet (phrases 1), 2) et 4)).

 

L’attribut du sujet

L’attribut du sujet permet de qualifier un élément de la description. Il peut être :

- un adjectif qualificatif : dans ce cas il s’accorde en genre et en nombre avec le sujet.

Exemple : ses mains étaient perdues d’engelures

sujet être attribut du sujet

- un nom ou un groupe nominal.

Exemple : tout son vêtement n’était qu’un haillon

- un infinitif ou un groupe à l’infinitif.

Exemple : le creux de ses clavicules était à faire pleur

 

C Le portrait moral

7- Relis les lignes 21 à 24.

Quel sentiment exprime « toute la personne » de Cosette ? S’agit-il toujours ici du portrait physique ?

8- Quel sentiment inspire Cosette au lecteur, à toi par exemple ? Justifie ta réponse.

 

Cosette enfant

Le portrait physique est privilégié et le portrait moral tient en une phrase : le premier a préparé le second. L’ensemble montre le malheur de l’enfant